Veille scientifique · Mise à jour le 31 octobre 2026
Les nouveautés en oncologie en 2026
Les résultats les plus importants présentés cette année aux deux grands congrès mondiaux de cancérologie, l’ASCO (Chicago, mai–juin 2026) et l’ESMO (Madrid, octobre 2026), expliqués simplement.
2026 en cinq grandes tendances
Ce qui a marqué l’année, au-delà de chaque essai pris isolément.
La fin du « RAS indomptable »
RAS est un gène muté dans près de 9 cancers du pancréas sur 10. On a longtemps cru impossible de le cibler. En 2026, plusieurs médicaments y parviennent et allongent la survie.
Les anticorps conjugués
Ce sont des « missiles » : un anticorps qui reconnaît la cellule tumorale et lui apporte directement une chimiothérapie. Ils ont été positifs dans l’estomac, l’endomètre et l’ostéosarcome.
Les anticorps bispécifiques
Un seul anticorps qui agit sur deux cibles à la fois. Résultat : des gains de survie dans le cancer du poumon à petites cellules et dans les cancers des voies biliaires.
Les vaccins ARN personnalisés
C’est le premier essai de phase 3 positif pour un vaccin ARN messager fabriqué sur mesure à partir de la tumeur de chaque patient, dans le mélanome opéré.
Traiter « juste ce qu’il faut »
Certains essais allègent le traitement, par exemple une immunothérapie seule sans chimiothérapie. Mais l’essai français MOIO rappelle qu’espacer trop tôt l’immunothérapie peut être risqué.
Les 5 essais de la séance plénière
La séance plénière réunit les quelques essais jugés les plus importants de l’année parmi des milliers de travaux présentés.
Pancréas métastatique · Le temps fort de l’année
RASolute 302 : daraxonrasib
Un comprimé qui bloque la protéine RAS « allumée », comparé à la chimiothérapie, chez des patients déjà traités une première fois.
Survie médiane presque doublée : 13,2 mois contre 6,7 mois, avec un risque de décès réduit de 60 %. Il y a eu moins d’arrêts pour toxicité qu’avec la chimiothérapie, et la qualité de vie a été mieux préservée. L’effet indésirable principal est une éruption cutanée parfois étendue.
Phase 3 · 500 patients · Publié dans le New England Journal of Medicine
Poumon opéré · RET+
LIBRETTO-432 : selpercatinib après chirurgie
Pour les cancers du poumon porteurs d’une anomalie du gène RET (environ 1 à 2 % des cas), une thérapie ciblée orale est donnée après le traitement local.
À 2 ans, 91,5 % des patients étaient sans rechute, contre 61,1 % sous placebo, soit un risque de rechute réduit d’environ 83 %.
Phase 3 · 151 patients · Survie globale encore en attente
Poumon épidermoïde avancé
HARMONi-6 : ivonescimab
Un anticorps bispécifique qui bloque à la fois PD-1 (le frein immunitaire) et VEGF (les vaisseaux de la tumeur). Il est comparé à une immunothérapie classique, toutes deux associées à la chimiothérapie.
La survie médiane passe de 23,7 à 27,9 mois, avec un bénéfice quelle que soit l’expression de PD-L1. C’est la première supériorité démontrée face à une immunothérapie de référence dans cette situation.
Phase 3 · 532 patients · Essai mené en Chine
Prostate à haut risque · Chirurgie
PROTEUS : apalutamide autour de la prostatectomie
On ajoute une hormonothérapie de nouvelle génération avant et après l’opération, en plus du blocage hormonal classique.
Le risque de métastase ou de décès baisse de 20 % (78,2 % contre 73,5 % sans métastase à 5 ans). En contrepartie, les effets indésirables sévères sont un peu plus fréquents (39,6 % contre 31,0 %).
Phase 3 · 2 109 patients · Suivi médian de 5 ans
Sarcome · Maladie rare
SARC041 : abémaciclib dans le liposarcome dédifférencié
Un comprimé déjà utilisé dans le cancer du sein bloque CDK4, un moteur de ce sarcome rare.
La maladie est contrôlée 9,7 mois contre 1,5 mois sous placebo. C’est une avancée rare dans un cancer qui dispose de peu d’options.
Phase 3 · 108 patients
Les symposiums présidentiels
Douze essais de phase 3 ont été sélectionnés pour les trois séances les plus prestigieuses du congrès européen.
Mélanome, vessie, poumon à petites cellules, prostate
Mélanome opéré · Une première mondiale
INTerpath-001 : vaccin ARN personnalisé
À partir de la tumeur retirée, on fabrique un vaccin ARN messager propre à chaque patient. Il apprend au système immunitaire à reconnaître jusqu’à plusieurs dizaines d’anomalies de cette tumeur. Il est associé au pembrolizumab, l’immunothérapie standard.
Le risque de rechute baisse de 42 % : 82 % des patients sont sans rechute à 2 ans, contre 70 %. Le bénéfice apparaît après les 6 premiers mois. Les effets du vaccin sont surtout de la fièvre et des douleurs au point d’injection, passagères.
Phase 3 · 1 137 patients · Survie globale encore immature
Vessie infiltrante · Patients non éligibles au cisplatine
VOLGA : durvalumab + enfortumab védotine
L’immunothérapie et un anticorps conjugué sont donnés avant la cystectomie, puis l’immunothérapie est poursuivie après. Cela concerne les patients qui ne peuvent pas recevoir la chimiothérapie habituelle.
45 % de réponses complètes sur la pièce opératoire, contre 10 %. Le risque de décès baisse de 42 %. La toxicité est plus marquée (64 % contre 44 % d’effets sévères).
Phase 3 · 695 patients
Poumon à petites cellules étendu
DeLLphi-305 : tarlatamab en entretien
Le tarlatamab est un anticorps bispécifique qui rapproche les lymphocytes T des cellules tumorales. Il est ajouté à l’immunothérapie d’entretien après la chimiothérapie de première ligne.
La survie médiane passe de 12,7 à 21,1 mois, avec un risque de décès réduit de 58 %, y compris en cas de métastases cérébrales. Un syndrome de libération de cytokines survient chez environ la moitié des patients, presque toujours léger.
Phase 3 · 563 patients
Prostate très haut risque · Radiothérapie
DASL-HiCaP : darolutamide + radiothérapie
Le darolutamide est ajouté pendant 2 ans à la radiothérapie et à l’hormonothérapie classique. La radiothérapie est faite d’emblée (85 % des patients) ou après une prostatectomie (radiothérapie de rattrapage).
Le risque de métastase baisse de 58 % : 95 % des patients sont sans métastase à 4 ans, contre 88 %. La tolérance est proche de celle du placebo.
Phase 3 · 1 106 patients · Survie globale encore non différente
Poumon et cancers digestifs
Poumon KRAS G12C prétraité
Krascendo 1 : divarasib
C’est un inhibiteur KRAS de nouvelle génération. Il a été comparé directement aux deux médicaments de référence de cette classe (sotorasib et adagrasib).
La survie médiane passe de 12,0 à 17,7 mois et 58 % des tumeurs répondent, contre 32 %. Il y a moins d’effets sévères, mais davantage de troubles digestifs légers.
Phase 3 · 338 patients · Publié dans le NEJM
Poumon EGFR+ · Résistance par MET
SAFFRON : osimertinib + savolitinib
Quand la tumeur échappe à l’osimertinib en activant le gène MET, on ajoute un anti-MET plutôt que de passer à la chimiothérapie. Une nouvelle biopsie est nécessaire pour le savoir.
La survie médiane passe de 12,9 à 17,8 mois. Environ un tiers des patients dépistés étaient concernés.
Phase 3 · 338 patients
Estomac / jonction · Claudine 18.2
CLARITY-Gastric01 : sonésitatug védotine
C’est un anticorps conjugué qui cible la claudine 18.2, une protéine présente à la surface de nombreux cancers gastriques. Il est utilisé après une ou plusieurs lignes de traitement.
En 3e ligne ou au-delà, la survie médiane double : 10,0 mois contre 5,0 mois. Il provoque plus de nausées, mais moins de baisse des globules blancs.
Phase 3 · 594 patients
Voies biliaires avancées · 1re ligne
HARMONi-GI1 : ivonescimab
Le même bispécifique PD-1/VEGF que dans HARMONi-6 a été comparé au durvalumab, le standard actuel, tous deux associés à la chimiothérapie.
La survie médiane passe de 12,1 à 14,9 mois et 54 % des tumeurs répondent, contre 33 %. Les effets sévères sont un peu plus fréquents.
Phase 3 · 682 patients · Essai mené en Chine
Gynécologie, sarcome et immunothérapie
Endomètre en rechute
TroFuse-005 : sacituzumab tirumotécan
C’est un anticorps conjugué dirigé contre TROP2. Il est utilisé après l’échec de la chimiothérapie et de l’immunothérapie.
La survie médiane passe de 12,1 à 19,0 mois, et les réponses sont deux fois plus fréquentes. Les aphtes buccaux sont fréquents, mais un bain de bouche préventif les réduit.
Phase 3 · 776 patientes
Endomètre dMMR · 1re ligne
KEYNOTE-C93 : immunothérapie seule
Pour les tumeurs avec un défaut de réparation de l’ADN (dMMR), on a testé le pembrolizumab seul, sans chimiothérapie.
La maladie est contrôlée 38,2 mois contre 8,4 mois sous chimiothérapie, avec 3 fois moins d’effets sévères. C’est une option sans chimiothérapie pour certaines patientes.
Phase 3 · 299 patientes
Ostéosarcome en rechute · Jeunes patients
ARTEMIS-011 : risvutatug rézétécan
C’est un anticorps conjugué dirigé contre B7-H3. L’essai incluait des adolescents dès 12 ans.
La maladie est contrôlée 5,5 mois contre 1,4 mois, et le risque de progression baisse de 67 %. La toxicité sur les globules blancs est importante.
Phase 3 · 122 patients · Essai mené en Chine
Tous cancers · Essai académique français
MOIO : espacer l’immunothérapie ?
Cet essai, coordonné par l’Institut Paoli-Calmettes (Marseille), concernait des patients qui répondaient bien après 6 mois d’immunothérapie. La question : peut-on espacer les perfusions à une toutes les 12 semaines ?
L’essai a été arrêté prématurément, car il y avait plus de décès dans le groupe « espacé » (19,9 % contre 10,5 %). Un résultat négatif mais très utile : il ne faut pas espacer l’immunothérapie de sa propre initiative.
Phase 3 · 340 patients · 36 centres
☢️ Et la radiothérapie dans tout ça ?
La radiothérapie reste un pilier du traitement. Les grands essais de 2026 cherchent surtout à la rendre encore plus efficace en l’associant à des médicaments.
Dans le cancer de la prostate à très haut risque, l’essai DASL-HiCaP montre qu’ajouter du darolutamide à la radiothérapie et à l’hormonothérapie réduit de plus de moitié le risque de métastases. La toxicité supplémentaire est faible. Pour les patients traités par radiothérapie, c’est une des avancées les plus concrètes de l’année.
Plus largement, la combinaison des rayons avec l’immunothérapie, les thérapies ciblées et les anticorps conjugués est l’un des grands champs de recherche actuels. → Comprendre la radiothérapie
📚 Les publications marquantes de 2026
Ces études ont été publiées dans le New England Journal of Medicine, l’une des revues médicales les plus exigeantes au monde, le jour même de leur présentation.
Wolpin B. et coll. · N Engl J Med, 31 mai 2026 · Le premier inhibiteur de RAS qui allonge nettement la survie dans le pancréas.
Skoulidis F. et coll. · N Engl J Med, octobre 2026 · La première comparaison directe entre deux générations d’inhibiteurs KRAS.
Long G.V. et coll. · Accepté au N Engl J Med · Le premier vaccin ARN personnalisé positif en phase 3.
🔍 Bien lire ces résultats
« Phase 3 »
C’est la dernière étape avant une autorisation. Le nouveau traitement est comparé au meilleur traitement existant, chez plusieurs centaines de patients tirés au sort.
« Survie médiane »
C’est la durée au bout de laquelle la moitié des patients est encore en vie. Ce n’est pas une espérance de vie individuelle : beaucoup de patients vivent bien plus longtemps.
« Risque réduit de 40 % »
C’est une réduction relative du risque, calculée à chaque instant du suivi. Le gain réel pour un patient dépend de sa situation de départ.
Et en France ?
Après un congrès, il faut en général 1 à 2 ans pour l’autorisation européenne (EMA), puis l’évaluation par la HAS et le remboursement. Les essais cliniques et l’accès précoce permettent parfois d’en bénéficier plus tôt.
Sources
ASCO Annual Meeting 2026, séance plénière : résumés LBA1 à LBA5 (asco.org).
ESMO Congress 2026, Madrid, symposiums présidentiels I à III : résumés LBA1 à LBA12 (esmo.org).
Publications simultanées dans le New England Journal of Medicine (RASolute 302, Krascendo 1, INTerpath-001).
Synthèses : Targeted Oncology, touchONCOLOGY, ecancer, The Oncologist (« Highlights of ASCO 2026 »).
Page rédigée par le Dr Charles-Henry Canova, oncologue-radiothérapeute. Elle est purement informative et ne remplace pas l’avis de votre équipe soignante.